Au coeur du pays champenois, c'est une mixture très éloignée du
célèbre breuvage effervescent que concocte Global Bioenergies: à partir
de sucre et de bactéries génétiquement modifiées, la start-up produit un
gaz qui sera ensuite transformé en essence ou en matières plastiques.
Sa
technologie, déjà éprouvée en laboratoire, est maintenant testée dans
une installation pilote pré-industrielle. Sur le site de la
bio-raffinerie de Pomacle-Bazancourt, à 15 km de Reims (Marne), la
fermentation a lieu dans une cuve de 500 litres. A l'intérieur, du
glucose ou du saccharose fourni par le groupe sucrier Cristal Union, et
des bactéries dont on a «réécrit le logiciel» pour qu'elles transforment
le sucre en un hydrocarbure gazeux, l'isobutène.
Le gaz issu de
la fermentation part ensuite dans une unité de purification, qui élimine
notamment l'acétone issu de la réaction pour isoler l'isobutène, une
des briques essentielles de la pétrochimie. Ce gaz, d'habitude extrait
du pétrole, permet après distillation de produire de l'essence, du
kérosène ou des additifs du diesel et des lubrifiants. Certains de ses
composants entrent aussi dans la fabrication du plexiglas, des
caoutchoucs et des peintures acryliques.
«Ce pilote est fait pour
produire des échantillons et prouver qu'on peut avoir un produit
purifié», a expliqué Antoine Genovesi, responsable du projet chez Global
Bioenergies, au cours d'une présentation du site aux investisseurs et à
la presse.
La semaine dernière, la société française a ainsi
livré à Audi le premier lot d'essence obtenu à partir de son processus.
Le groupe automobile allemand va désormais faire des tests avant de
faire rouler des voitures avec cette essence bio-sourcée.
Contrairement
aux bio-carburants classiques comme le bioéthanol, il s'agit en effet
de la même molécule que celle produite par la pétrochimie. Elle peut
donc être injectée dans les moteurs sans les modifier et sans limitation
de pourcentage, a souligné Marc Delcourt, le PDG de Global Bioenergies.
Sur
ce marché des biocarburants, qui bénéficie d'une forte incitation
réglementaire en Europe - les carburants devront en intégrer 10% d'ici à
2020 -, la production à partir de matières végétales peut être
compétitive face aux hydrocarbures fossiles à partir d'un baril de
pétrole à 50 dollars, estime le dirigeant.
Pour les plastiques et
les caoutchoucs, il faudrait qu'il redépasse 85 dollars, et, si le cours
du baril atteint les 150 dollars - niveau encore jamais atteint -, «les
immenses marchés de l'essence et du kérosène seront pleinement
accessibles», ajoute-t-il.
- Etape suivante déjà engagée -
En
attendant, le spécialiste de la chimie verte déroule sa stratégie de
croissance, avec la construction d'un démonstrateur industriel à Leuna,
dans l'est de l'Allemagne, qui produira dès le printemps 2016 des
quantités dix fois plus importantes que le site pilote de la Marne. Pour
cet investissement, le groupe a pu emprunter 4,4 millions d'euros
auprès de banques françaises, avec la garantie de Bpifrance, a souligné
M. Delcourt, qui y voit le signe d'une «confiance nouvelle» des banques.
L'étape
suivante est déjà engagée, puisque Global Bioenergies a annoncé jeudi
la création d'une coentreprise avec Cristal Union pour construire une
usine d'isobutène d'ici à 2018. Elle pourrait être située à Pomacle même
ou à Arcis-sur-Aube, près de Troyes, où est également implanté le
deuxième producteur de sucre français, à la recherche de nouveaux
débouchés en vue de la fin des quotas sucriers européens en 2017.
Pour
cet investissement de 115 millions d'euros, les deux groupes feront
appel à d'autres investisseurs lors de levées de fonds en 2016 et en
2017, avant une mise en route espérée pour 2018.
Si Bpifrance ou
des fonds régionaux devraient y participer, le projet suscite aussi
l'intérêt d'industriels, a assuré Bernard Chaud, PDG de la coentreprise,
baptisée IBN-One (IBN étant l'abréviation d'isobutène). Des groupes de
chimie, voire les filiales de carburants de groupes de distribution
seraient intéressés.
Et une société IBN-Two, pour l'instant
filiale à 100% de Global Bioenergies, vient d'être créée en Allemagne,
avec vocation également à «faire entrer un autre acteur».
La
société entend ainsi multiplier les projets, où elle n'aurait in fine
qu'une participation très minoritaire, et se rémunérer à hauteur de 5%
du chiffre d'affaires via un contrat de licence de sa technologie.
Déficitaire de 7,6 millions d'euros en 2014, elle vise la rentabilité en
2019.
mercredi 27 mai 2015
Climat: la conférence de Paris sponsorisée par des entreprises vivement critiquées par les ONG
Plusieurs dizaines d'entreprises françaises et étrangères, dont
certaines issues du secteur des énergies fossiles, fortement polluantes,
vont participer au financement des 170 millions d'euros que coûtera la
conférence sur le climat à Paris, au grand dam des associations
écologistes.
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a rendu publique mercredi une «première liste» d'une vingtaine d'entreprises partenaires, toutes «des amies du climat», selon lui. «Plus d'une dizaine d'autres» ont manifesté l'intention de participer à ce mécénat, a-t-il précisé.
Parmi les premiers sponsors de la conférence prévue en décembre (COP21) figurent Engie (ex GDF Suez), EDF, Renault Nissan, Suez Environnement, Air France, ERDF, Axa, BNP Paribas, Air France, LVMH, Ikéa. Google vient de manifester son intérêt et le réseau diplomatique français «est mobilisé» pour prospecter sur le continent américain, puis en Asie, a indiqué le secrétaire général de la COP21, Pierre Henri Guignard.
Laurent Fabius souhaite que le soutien, financier ou en nature, apporté par les entreprises représente 20% du coût de la conférence. Il atteint pour l'instant «10%, la moitié de notre objectif», a-t-il précisé au cours d'une conférence de presse en présence des dirigeants des entreprises concernées.
Ce partenariat a des raisons financières: il s'agit de «réduire le plus possible l'addition pour le contribuable». Il faut donc «rechercher systématiquement des économies dans tous les postes de dépenses et en même temps de solliciter des entreprises», a-t-il expliqué.
En 2009, la conférence de Copenhague, qui avait tenté de parvenir à un accord majeur sur le climat, avait coûté 150 millions d'euros, selon M. Guignard.
Ce mécénat vise aussi à «assurer un haut niveau d'exigence environnementale à la conférence elle-même», en permettant par exemple la mise en place de transports écologiques ou l'optimisation énergétique des bâtiments, a expliqué M. Fabius.
Renault Nissan fournira ainsi 200 voitures 100% électriques, EDF installera les bornes de recharge, Suez Environnement réalisera le plan de gestion des déchets.
- 'Des champions' de la pollution -
La publication de la liste a fait bondir les associations environnementales.
«Énergéticiens fossiles et fissiles, compagnie aérienne, constructeurs automobiles: la liste des mécènes de la 21e Conférence de l'ONU sur le climat (COP21) (...) comprend des multinationales françaises qui ne sont pas compatibles avec le climat», accusent les ONG Les Amis de la Terre, Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et 350.org. Elles dénoncent «l'incohérence du gouvernement et redoutent que les négociations se retrouvent aux mains des pollueurs».
Pour le Réseau Action Climat (RAC), «le gouvernement, n'a clairement pas choisi les acteurs de la transition énergétique». «Il y a mieux en France en termes de performances climatiques que les acteurs qu'ils ont choisis», estime l'une de ses responsables, Célia Gautier.
EDF, comme Engie, investissent «massivement dans le charbon» à l'étranger, affirme-t-elle.
Le Crédit agricole a annoncé son souhait de stopper tout financement du charbon, mais «il ne fait pas partie de la liste». A la différence de BNP Paribas, «première banque française en termes de financement de projets d'énergie fossile».
L'ONG Oxfam, auteur avec Les Amis de la Terre d'un récent rapport très critique sur EDF et Engie, dénonce «l'hypocrisie du gouvernement français, qui s’était engagé à travailler avec des entreprises +climato-compatibles+».
«La COP21 sera financée par des champions français de la pollution», accuse-t-elle, citant BNP Paribas, EDF et Engie, accusées de se livrer à «une véritable opération de greenwashing, avec la complicité du gouvernement français», au lieu de «s'engager à stopper tout soutien au secteur du charbon d’ici au sommet sur le climat».
Jusqu'à 25.000 délégués sont attendus à la COP21 où 195 pays vont tenter de parvenir à un accord pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l'ère pré-industrielle.
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a rendu publique mercredi une «première liste» d'une vingtaine d'entreprises partenaires, toutes «des amies du climat», selon lui. «Plus d'une dizaine d'autres» ont manifesté l'intention de participer à ce mécénat, a-t-il précisé.
Parmi les premiers sponsors de la conférence prévue en décembre (COP21) figurent Engie (ex GDF Suez), EDF, Renault Nissan, Suez Environnement, Air France, ERDF, Axa, BNP Paribas, Air France, LVMH, Ikéa. Google vient de manifester son intérêt et le réseau diplomatique français «est mobilisé» pour prospecter sur le continent américain, puis en Asie, a indiqué le secrétaire général de la COP21, Pierre Henri Guignard.
Laurent Fabius souhaite que le soutien, financier ou en nature, apporté par les entreprises représente 20% du coût de la conférence. Il atteint pour l'instant «10%, la moitié de notre objectif», a-t-il précisé au cours d'une conférence de presse en présence des dirigeants des entreprises concernées.
Ce partenariat a des raisons financières: il s'agit de «réduire le plus possible l'addition pour le contribuable». Il faut donc «rechercher systématiquement des économies dans tous les postes de dépenses et en même temps de solliciter des entreprises», a-t-il expliqué.
En 2009, la conférence de Copenhague, qui avait tenté de parvenir à un accord majeur sur le climat, avait coûté 150 millions d'euros, selon M. Guignard.
Ce mécénat vise aussi à «assurer un haut niveau d'exigence environnementale à la conférence elle-même», en permettant par exemple la mise en place de transports écologiques ou l'optimisation énergétique des bâtiments, a expliqué M. Fabius.
Renault Nissan fournira ainsi 200 voitures 100% électriques, EDF installera les bornes de recharge, Suez Environnement réalisera le plan de gestion des déchets.
- 'Des champions' de la pollution -
La publication de la liste a fait bondir les associations environnementales.
«Énergéticiens fossiles et fissiles, compagnie aérienne, constructeurs automobiles: la liste des mécènes de la 21e Conférence de l'ONU sur le climat (COP21) (...) comprend des multinationales françaises qui ne sont pas compatibles avec le climat», accusent les ONG Les Amis de la Terre, Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et 350.org. Elles dénoncent «l'incohérence du gouvernement et redoutent que les négociations se retrouvent aux mains des pollueurs».
Pour le Réseau Action Climat (RAC), «le gouvernement, n'a clairement pas choisi les acteurs de la transition énergétique». «Il y a mieux en France en termes de performances climatiques que les acteurs qu'ils ont choisis», estime l'une de ses responsables, Célia Gautier.
EDF, comme Engie, investissent «massivement dans le charbon» à l'étranger, affirme-t-elle.
Le Crédit agricole a annoncé son souhait de stopper tout financement du charbon, mais «il ne fait pas partie de la liste». A la différence de BNP Paribas, «première banque française en termes de financement de projets d'énergie fossile».
L'ONG Oxfam, auteur avec Les Amis de la Terre d'un récent rapport très critique sur EDF et Engie, dénonce «l'hypocrisie du gouvernement français, qui s’était engagé à travailler avec des entreprises +climato-compatibles+».
«La COP21 sera financée par des champions français de la pollution», accuse-t-elle, citant BNP Paribas, EDF et Engie, accusées de se livrer à «une véritable opération de greenwashing, avec la complicité du gouvernement français», au lieu de «s'engager à stopper tout soutien au secteur du charbon d’ici au sommet sur le climat».
Jusqu'à 25.000 délégués sont attendus à la COP21 où 195 pays vont tenter de parvenir à un accord pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l'ère pré-industrielle.
Au Panama, l’environnement reste une idée neuve
L'écologie est une idée neuve au Panama : le ministère de l’environnement fait ses premiers pas, depuis sa création, fin mars.
La nouvelle ministre a le triomphe modeste, mais tout le monde crédite Mirei Endara, 46 ans, de l’élévation de l’Autorité nationale de l’environnement (ANAM) au rang de ministère.
« Beaucoup de gens ont contribué à l’émergence de ce ministère », assure la ministre Endara, en référence aux associations et aux communautés qui ont contribué à la prise de conscience de l’opinion. Trente-cinq organisations non gouvernementales (ONG) étaient parvenues à évoquer l’écologie au cours des deux dernières campagnes électorales. Le président Ricardo Martinelli (2009-2014) est resté sourd à cette problématique. Son successeur, Juan Carlos Varela, qui a pris ses fonctions en juillet 2014, en avait fait une promesse de campagne, qu’il a tenue.
Les gratte-ciel extravagants qui donnent au Panama des allures de Dubaï des Caraïbes ne témoignent pas précisément d’une option vers le développement durable. La ministre en convient : « Depuis 1997, l’ambiance politique n’était pas propice, car l’orientation vers moins d’Etat privilégiait des petites structures autonomes comme l’ANAM. Maintenant, nous pourrons faire entendre notre voix au sein du gouvernement. » Le ministère se trouve à Albrook, un de ces quartiers de Panama qui appartenaient à la « Canal Zone » des Américains. Tout autour de la voie interocéanique on trouve des bâtiments identiques et alignés, comme dans une caserne, rappelant que les Etats-Unis avaient installé leur principale base militaire régionale à proximité du canal de Panama.
« Pour les Panaméens qui travaillent dans les banques ou les services, l’environnement n’est pas une évidence de tous les jours, admet Mirei Endara. Toutefois, la sécheresse et le manque d’eau, les incendies et les inondations font les manchettes. A nous de faire le lien entre ces événements et une vision à long terme. Même la capitale a des problèmes de tout-à-l’égout et de traitement des ordures. Ricardo Martinelli a consacré 800 millions de dollars [740 millions d'euros] au goudronnage d’un tronçon du bord de mer : avec cette somme, on aurait pu régler la pénurie d’eau. »
Le barrage de Barro Blanco contesté
L’ancien président s’est enfui aux Etats-Unis pour échapper à la justice, qui enquête sur les malversations de son gouvernement et a déjà placé en détention plusieurs de ses plus proches collaborateurs. M. Martinelli a laissé en héritage un cadeau empoisonné à la nouvelle ministre de l’environnement : la construction du barrage de Barro Blanco, sur la rivière Tabasara, un fleuve magique pour les communautés indigènes Ngöbe-Buglé. Le projet vient enrichir les ressources hydroélectriques de la province de Chiriqui, dans le nord du pays. La production dépasse les capacités de la ligne électrique reliant cette région à la capitale, ce qui oblige le Panama à exporter l’excédent d’électricité.
L’affaire a été confiée à une entreprise du Honduras, Genisa, qui a obtenu un financement allemand (DEG) et hollandais (FMO). A en croire les détracteurs, l’étude d’impact environnemental a été bâclée. En tout cas, les responsables ont omis de consulter les populations locales, dont les terres seront inondées. Les conventions des Nations unies sur les droits des peuples indigènes en faisaient une obligation.
« On aurait pu éviter la tension entre les promoteurs de Barro Blanco et les communautés indigènes si l’autorisation préalable des populations locales avait été requise, déplore Mirei Endara. L’étude d’impact environnemental n’est pas aussi complète qu’on aurait pu le souhaiter, mais elle a été approuvée par la Cour suprême. L’usine hydroélectrique ne pourra pas être opérationnelle sans arriver d’abord à un accord avec les habitants de la zone. »
La ministre de l’environnement, avec d’autres membres du gouvernement et le représentant de l’ONU au Panama, tente une médiation. Une « table de dialogue » a été installée dans la région. Les dirigeants Ngöbe-Buglé les plus radicaux dénoncent le piège et n’envisagent rien d’autre que l’abandon de Barro Blanco, dont l’avancement serait de l’ordre de 30 %. « L’inondation des terres indigènes toucherait à peine 5,4 hectares, mais les populations sont offusquées, indignées même, parce qu’on ne les a pas respectées ; les promoteurs ont fait comme si elles n’existaient pas, explique la ministre Endara. Aucun projet hydroélectrique ne vaut une vie humaine, a dit le président Varela. »
Barro Blanco n’est pas le seul souci de la ministre : elle souhaiterait aussi préserver la forêt tropicale du Darien, le « mur vert » qui sépare le Panama de la Colombie. La route panaméricaine, qui relie l’Alaska à l’Argentine, s’arrête devant le « tampon de Darien », barrière naturelle longtemps opposée aux trafiquants et aux guérilleros colombiens. Aussi bien la marchandise légale que la contrebande doivent emprunter la mer pour franchir la distance. Seulement, un projet de route est à l’étude, au nord du parc naturel qui protège la faune, la flore et les Indiens de la région. Et ces derniers ne sont plus seuls, la colonisation commence à repousser les limites du parc, des conflits entre paysans et autochtones éclatent.
« La déforestation fait des ravages parce que l’Etat s’est montré incapable d’appliquer les normes d’exploitation du bois, affirme Mirei Endara. Une route signerait la fin de la région. » La ministre rêve d’un tourisme durable, d’un « tourisme vert », à l’instar du Costa Rica. Les touristes viennent au Panama pour connaître le canal et pour faire des courses, profitant le la zone franche de Colon.
Au récent Sommet des Amériques, les 10 et 11 avril, plusieurs présidents ont évoqué le changement climatique. La conférence s’est pourtant achevée sans adopter de déclaration finale, faute de consensus. Le Venezuela et ses alliés ne veulent pas d’accord avec les pays du Nord, le Brésil a sa propre stratégie. « Jusqu’à ce jour, l’Amérique latine n’a pas de position commune en vue de la conférence de Paris, et c’est bien dommage », conclut la ministre panaméenne.
La nouvelle ministre a le triomphe modeste, mais tout le monde crédite Mirei Endara, 46 ans, de l’élévation de l’Autorité nationale de l’environnement (ANAM) au rang de ministère.
« Beaucoup de gens ont contribué à l’émergence de ce ministère », assure la ministre Endara, en référence aux associations et aux communautés qui ont contribué à la prise de conscience de l’opinion. Trente-cinq organisations non gouvernementales (ONG) étaient parvenues à évoquer l’écologie au cours des deux dernières campagnes électorales. Le président Ricardo Martinelli (2009-2014) est resté sourd à cette problématique. Son successeur, Juan Carlos Varela, qui a pris ses fonctions en juillet 2014, en avait fait une promesse de campagne, qu’il a tenue.
Les gratte-ciel extravagants qui donnent au Panama des allures de Dubaï des Caraïbes ne témoignent pas précisément d’une option vers le développement durable. La ministre en convient : « Depuis 1997, l’ambiance politique n’était pas propice, car l’orientation vers moins d’Etat privilégiait des petites structures autonomes comme l’ANAM. Maintenant, nous pourrons faire entendre notre voix au sein du gouvernement. » Le ministère se trouve à Albrook, un de ces quartiers de Panama qui appartenaient à la « Canal Zone » des Américains. Tout autour de la voie interocéanique on trouve des bâtiments identiques et alignés, comme dans une caserne, rappelant que les Etats-Unis avaient installé leur principale base militaire régionale à proximité du canal de Panama.
« Pour les Panaméens qui travaillent dans les banques ou les services, l’environnement n’est pas une évidence de tous les jours, admet Mirei Endara. Toutefois, la sécheresse et le manque d’eau, les incendies et les inondations font les manchettes. A nous de faire le lien entre ces événements et une vision à long terme. Même la capitale a des problèmes de tout-à-l’égout et de traitement des ordures. Ricardo Martinelli a consacré 800 millions de dollars [740 millions d'euros] au goudronnage d’un tronçon du bord de mer : avec cette somme, on aurait pu régler la pénurie d’eau. »
Le barrage de Barro Blanco contesté
L’ancien président s’est enfui aux Etats-Unis pour échapper à la justice, qui enquête sur les malversations de son gouvernement et a déjà placé en détention plusieurs de ses plus proches collaborateurs. M. Martinelli a laissé en héritage un cadeau empoisonné à la nouvelle ministre de l’environnement : la construction du barrage de Barro Blanco, sur la rivière Tabasara, un fleuve magique pour les communautés indigènes Ngöbe-Buglé. Le projet vient enrichir les ressources hydroélectriques de la province de Chiriqui, dans le nord du pays. La production dépasse les capacités de la ligne électrique reliant cette région à la capitale, ce qui oblige le Panama à exporter l’excédent d’électricité.
L’affaire a été confiée à une entreprise du Honduras, Genisa, qui a obtenu un financement allemand (DEG) et hollandais (FMO). A en croire les détracteurs, l’étude d’impact environnemental a été bâclée. En tout cas, les responsables ont omis de consulter les populations locales, dont les terres seront inondées. Les conventions des Nations unies sur les droits des peuples indigènes en faisaient une obligation.
« On aurait pu éviter la tension entre les promoteurs de Barro Blanco et les communautés indigènes si l’autorisation préalable des populations locales avait été requise, déplore Mirei Endara. L’étude d’impact environnemental n’est pas aussi complète qu’on aurait pu le souhaiter, mais elle a été approuvée par la Cour suprême. L’usine hydroélectrique ne pourra pas être opérationnelle sans arriver d’abord à un accord avec les habitants de la zone. »
La ministre de l’environnement, avec d’autres membres du gouvernement et le représentant de l’ONU au Panama, tente une médiation. Une « table de dialogue » a été installée dans la région. Les dirigeants Ngöbe-Buglé les plus radicaux dénoncent le piège et n’envisagent rien d’autre que l’abandon de Barro Blanco, dont l’avancement serait de l’ordre de 30 %. « L’inondation des terres indigènes toucherait à peine 5,4 hectares, mais les populations sont offusquées, indignées même, parce qu’on ne les a pas respectées ; les promoteurs ont fait comme si elles n’existaient pas, explique la ministre Endara. Aucun projet hydroélectrique ne vaut une vie humaine, a dit le président Varela. »
Barro Blanco n’est pas le seul souci de la ministre : elle souhaiterait aussi préserver la forêt tropicale du Darien, le « mur vert » qui sépare le Panama de la Colombie. La route panaméricaine, qui relie l’Alaska à l’Argentine, s’arrête devant le « tampon de Darien », barrière naturelle longtemps opposée aux trafiquants et aux guérilleros colombiens. Aussi bien la marchandise légale que la contrebande doivent emprunter la mer pour franchir la distance. Seulement, un projet de route est à l’étude, au nord du parc naturel qui protège la faune, la flore et les Indiens de la région. Et ces derniers ne sont plus seuls, la colonisation commence à repousser les limites du parc, des conflits entre paysans et autochtones éclatent.
« La déforestation fait des ravages parce que l’Etat s’est montré incapable d’appliquer les normes d’exploitation du bois, affirme Mirei Endara. Une route signerait la fin de la région. » La ministre rêve d’un tourisme durable, d’un « tourisme vert », à l’instar du Costa Rica. Les touristes viennent au Panama pour connaître le canal et pour faire des courses, profitant le la zone franche de Colon.
Au récent Sommet des Amériques, les 10 et 11 avril, plusieurs présidents ont évoqué le changement climatique. La conférence s’est pourtant achevée sans adopter de déclaration finale, faute de consensus. Le Venezuela et ses alliés ne veulent pas d’accord avec les pays du Nord, le Brésil a sa propre stratégie. « Jusqu’à ce jour, l’Amérique latine n’a pas de position commune en vue de la conférence de Paris, et c’est bien dommage », conclut la ministre panaméenne.
Malgré de nets progrès, 795 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde
La
faim décline dans le monde, mais 10 % de la population de la planète,
795 millions de personnes, continuent de souffrir de sous-alimentation.
Selon le rapport 2015 de l’Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO), présenté à Rome mercredi 27 mai,
sur « l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », le
nombre de personnes en situation de sous-alimentation – qui ne mangent
pas assez pour mener une vie active et en bonne santé – a diminué de
167 millions sur la dernière décennie, et de 216 millions depuis les
années 1990-1992. « En dépit de la croissance démographique rapide,
la proportion de la population mondiale de personnes sous-alimentées a
été ramenée de 18,6 % en 1990-1992 à 10,9 % en 2014-2016 », écrivent les auteurs du rapport.
Malgré cette amélioration globale, 57 pays sur les 129 suivis par la FAO n’ont pas atteint l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) numéro un, de réduire de moitié la pauvreté et la proportion de personnes souffrant de la faim. A six mois de l’échéance de ces OMD définis en 1990, la FAO se félicite des progrès enregistrés, notamment en Afrique de l’Ouest, où le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de près de 25 % en vingt-cinq ans. L’Asie centrale, de l’Est et du Sud-Est et l’Amérique latine sont aussi citées au rang des bons élèves. Mais la situation en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud reste préoccupante. Ces deux régions concentrent le plus grand nombre d’habitants confrontés à la faim.
D’autres raisons poussent à tempérer l’optimisme. Le calcul de la sous-alimentation repose sur des moyennes réalisées sur l’année, n’intégrant pas la sous-alimentation à court terme. Il ne prend pas en compte les inégalités dans la répartition de la nourriture au sein des populations et des familles. De plus, indiquait en janvier 2014 Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies dans son rapport à l’assemblée générale du Conseil des droits de l’homme sur le droit à l’alimentation, « les calculs sont basés sur un seuil peu élevé de besoins énergétiques quotidiens qui suppose un mode de vie sédentaire, alors que beaucoup de personnes pauvres ont des activités qui exigent des efforts physiques importants ». L’apport alimentaire peut être suffisant, en quantité, mais les régimes peuvent être inadaptés, entraînant des carences en micronutriments, par exemple en iode, en fer ou en vitamine A, avec de graves conséquences pour la croissance des enfants.
Le changement climatique pourrait mettre à mal les efforts réalisés au cours de la dernière décennie. Mardi 26 mai, 24 ONG ont signé un appel pour demander à la communauté internationale d’intégrer dans les négociations climatiques la question de la sécurité alimentaire. Ainsi, 70 % des cultures pourraient être affectées par le changement climatique. Si rien n’est fait, 600 millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim d’ici à 2080.
Malgré cette amélioration globale, 57 pays sur les 129 suivis par la FAO n’ont pas atteint l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) numéro un, de réduire de moitié la pauvreté et la proportion de personnes souffrant de la faim. A six mois de l’échéance de ces OMD définis en 1990, la FAO se félicite des progrès enregistrés, notamment en Afrique de l’Ouest, où le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de près de 25 % en vingt-cinq ans. L’Asie centrale, de l’Est et du Sud-Est et l’Amérique latine sont aussi citées au rang des bons élèves. Mais la situation en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud reste préoccupante. Ces deux régions concentrent le plus grand nombre d’habitants confrontés à la faim.
Insécurité alimentaire
Les obstacles sont connus : la volatilité « excessive » du prix des aliments, les guerres, l’instabilité politique, les troubles civils, les catastrophes naturelles ou encore les chocs climatiques et leurs cortèges de populations déplacées. Mardi, le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) a appelé à cesser les combats en Syrie afin que les agriculteurs puissent moissonner et acheminer les récoltes dans l’ensemble du pays. « Dans un contexte d’insécurité alimentaire et de déplacements massifs, il est essentiel que les récoltes ne soient pas perdues et que la nourriture reste à l’intérieur du pays », a affirmé la directrice exécutive du PAM, Ertharin Cousin.D’autres raisons poussent à tempérer l’optimisme. Le calcul de la sous-alimentation repose sur des moyennes réalisées sur l’année, n’intégrant pas la sous-alimentation à court terme. Il ne prend pas en compte les inégalités dans la répartition de la nourriture au sein des populations et des familles. De plus, indiquait en janvier 2014 Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies dans son rapport à l’assemblée générale du Conseil des droits de l’homme sur le droit à l’alimentation, « les calculs sont basés sur un seuil peu élevé de besoins énergétiques quotidiens qui suppose un mode de vie sédentaire, alors que beaucoup de personnes pauvres ont des activités qui exigent des efforts physiques importants ». L’apport alimentaire peut être suffisant, en quantité, mais les régimes peuvent être inadaptés, entraînant des carences en micronutriments, par exemple en iode, en fer ou en vitamine A, avec de graves conséquences pour la croissance des enfants.
Le changement climatique pourrait mettre à mal les efforts réalisés au cours de la dernière décennie. Mardi 26 mai, 24 ONG ont signé un appel pour demander à la communauté internationale d’intégrer dans les négociations climatiques la question de la sécurité alimentaire. Ainsi, 70 % des cultures pourraient être affectées par le changement climatique. Si rien n’est fait, 600 millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim d’ici à 2080.
-
Rémi Barroux
Journaliste au Monde
Une étude sur le développement d’un mode d’élevage acceptable sur le plan sociétal
En mars dernier, le Conseil scientifique de la politique agricole,
placé auprès du Ministère fédéral allemand de l’alimentation et de
l’agriculture a publié un rapport visant à lister des bonnes pratiques
favorables au développement d’élevages acceptables par les
citoyens-consommateurs, notamment sur le plan du bien-être animal.
Par ailleurs, les projections présentées dans ce rapport estiment que le développement de tels modes d’élevages acceptables sur le plan sociétal engagerait un coût total de 3 à 5 milliards d’euros, ce qui se traduirait par une hausse des prix des produits issus de ces élevages de 3% à 6 %. Or, selon ce rapport, il s’agit précisément du prix que les consommateurs sont prêts à payer pour acheter des produits plus éthiques. Une preuve qu’il est possible de concilier élevage et demandes sociétales dans un modèle d’agriculture durable.
Deux études sur la viande bio
Ces derniers mois les filières agricoles bio ont fait l’objet de
plusieurs études et rapports relatifs à la consommation dont la PMAF a
retenu certaines données positives et rassurantes.
Les consommateurs français et la viande bioEn avril dernier, la commission Bio D’INTERBEV[1] a dévoilé les chiffres d’un sondage effectué auprès de plus de 1000 consommateurs français portant sur leur connaissance et leur consommation de viande produite selon les règles de l’agriculture biologique. Ce sondage révèle que 16% des français consomment de la viande bio dès qu’ils en trouvent, et que ces consommateurs comptent rester fidèles à leurs habitudes de consommation de viande bio. En effet, il semble que plus les consommateurs de viande bio prennent conscience des atouts de ce mode de production, plus ils sont incités à conserver cette habitude de consommation citoyenne.
Ainsi, la majorité des personnes sondées (78%) associent spontanément l’élevage bio à un élevage respectueux du bien-être animal, un atout mis en avant régulièrement dans les publications de la PMAF.
Rappelons que 9450 éleveurs français suivent actuellement les règles de l’agriculture biologique : ils représentent 35% des agriculteurs bio en France.
Le secteur du bio est-il fiable ?
La filière bio représente l’une des filières agricoles les plus contrôlées en France : les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs ayant reçu l’agrément bio sont contrôlés au moins une fois par an par un organisme certificateur, ces contrôles planifiés étant complétés par des contrôles inopinés.
Un rapport du Conseil national de l’alimentation révèle que sur la période 2008-2014, des contrôles complémentaires des acteurs de la filière bio effectués par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont rarement donné lieux à un constat d’anomalies : seuls 15% d’entre eux ont permis de relever des infractions, majoritairement liées au respect des exigences générales d’hygiène, d’étiquetage et d’affichage des prix s’appliquant à tous les acteurs de la chaîne alimentaire, qu’ils soient engagés ou non dans la filière bio. Les infractions spécifiquement liées au respect des exigences du cahier des charges de l’agriculture bio ne représentent ainsi qu’un tiers des anomalies constatées.
Ces résultats révèlent donc que la filière bio reste fiable et que les infractions à la règlementation bio sont rares.
Transport d’animaux vivants : la protection de l’Union européenne continue au-delà des frontières
La Cour de justice de l’Union européenne (UE) vient de publier un
arrêté qui impose que les exigences européennes relatives au transport
d’animaux vivants s’appliquent même lorsque le voyage passe d’un État
membre à un État tiers.
D’après la réglementation européenne protégeant les animaux durant le transport, « les animaux ne doivent pas être transportés dans des conditions telles qu'ils risquent d'être blessés ou subir des souffrances inutiles » et « le bien-être des animaux implique que les transports de longue durée soient limités autant que possible.». La PMAF salue cet arrêté de la Cour de justice, qui oblige les transporteurs à respecter cette réglementation au-delà des frontières de l’UE.
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