Le MERS-Coronavirus (MERS-CoV), qui sévissait jusqu'ici
essentiellement au Moyen-Orient, touche à présent la Corée du Sud, où un
total de trente personnes étaient atteintes le 3 juin – deux d'entre elles sont décédées.
C'est l'épidémie la plus importante hors d'Arabie saoudite, où la
grande majorité des cas y ont été recensés. Proche de celui du syndrome
respiratoire aigu sévère (SRAS), responsable d'une épidémie
internationale en 2003, cet infectieux n'a pas encore livré tous ses
secrets.
Qu'est-ce qu'un coronavirus ?
Les coronavirus forment un groupe de virus dont les premiers
représentants ont été identifiés au milieu des années 1960. Leur nom
vient des prolongements en forme de couronne situés à leur surface. Les
virus du genre coronavirus provoquent des infections respiratoires chez
l'homme et chez l'animal, ainsi que des atteintes gastro-entériques dans
le cas de ce dernier. Selon le type de virus ces infections sont d'une
gravité très variable puisqu'elles vont du simple rhume à des syndromes
provoquant une détresse respiratoire et la mort.
Pourquoi parle-t-on de MERS-coronavirus ?
Le virus a été identifié dans un échantillon de crachat recueilli le
13 juin 2012 chez un malade hospitalisé à Djedda (Arabie saoudite). Le
génome du virus a été analysé : il présente des caractéristiques
génétiques différentes de tous les autres coronavirus. Compte tenu du
caractère régional marqué de l'épidémie, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a baptisé
la pathologie provoquée par ce virus « syndrome respiratoire du
Moyen-Orient », dont l'acronyme anglais est « MERS ». On lui accole
l'acronyme « CoV », l'abréviation de « coronavirus ».
Le MERS-CoV est-il proche de celui du SRAS ?
Les cinq coronavirus, dont celui responsable de l'épidémie de SRAS
(SARS-CoV) qui avait infecté 8 000 personnes et fait 800 morts en
2002-2003, sont répartis en deux types : alpha et bêta. Comme celui du
SRAS, le MERS-CoV est un bêta coronavirus et comme lui, il est très
proche de ceux que l'on peut trouver chez les chauves-souris. Les
manifestations cliniques de l'infection sont similaires dans les deux
cas. Cependant, l'analyse du matériel génétique du MERS-CoV montre qu'il
s'agit bien d'un virus différent de celui du SRAS.
D'où vient-il ?
Le MERS-CoV dérive vraisemblablement d'un coronavirus détecté chez des chauves-souris à Hongkong,
en Chine, car c'est avec lui que son matériel génétique présente le
plus de similitudes. Cependant, comme dans le cas du SRAS, il pourrait
être parvenu jusqu'à l'homme par l'intermédiaire d'un autre animal. Des
recherches ont montré que les chameaux de la région ont fréquemment été
en contact avec le MERS-CoV et une étude a mis en évidence
le fait que ces animaux constituent un réservoir majeur pour ce
coronavirus, et la possibilité de transmission de celui-ci entre
chameaux et du chameau à l'homme. Des souches de MERS-CoV similaires à
celle retrouvée chez l'homme ont été isolées sur des chameaux dans
plusieurs pays, dont l'Arabie saoudite, l'Egypte, Oman et le Qatar.
Les premiers cas d'infection par le MERS-CoV se sont produits en Jordanie en avril 2012,
survenus chez des personnels soignants. Puis, en juin 2012, le virus a
été identifié et son génome séquencé. En avril et mai 2014, beaucoup des
cas recensés en Arabie saoudite et dans les Emirats arabes unis se sont
produits dans des établissements de santé. Le virus a par la suite été
retrouvé dans différents pays, chez des malades qui avaient séjourné
dans la péninsule Arabique.
Combien de cas d'infections recense-t-on ?
Au 1er juin , 1 152 cas d'infection par le MERS-CoV, confirmés en laboratoire, avaient été notifiés à l'OMS, et 434 personnes en sont mortes.
L'OMS précise que 24 pays lui ont notifié des cas : l'Arabie
saoudite, l'Egypte, les Emirats arabes unis, l'Iran, la Jordanie, le
Koweït, le Liban, Oman, le Qatar et le Yémen, pour le Moyen-Orient ;
l'Algérie et la Tunisie, en Afrique ; l'Allemagne, l'Autriche, la France
(deux cas confirmés dont un mortel), la Grèce, l'Italie, les Pays-Bas,
le Royaume-Uni et la Turquie, pour l'Europe ; la Corée du Sud, la
Malaisie et les Philippines, en Asie ; et les Etats-Unis, pour
l'Amérique du Nord.
Quels sont les symptômes de l'infection ?
Les signes typiques comprennent la fièvre, la toux et un
essoufflement. Il existe fréquemment une pneumonie mais elle n'est pas
systématique. Des symptômes gastro-intestinaux, notamment une diarrhée,
sont également possibles. Certaines personnes infectées ne présentent
pas de symptômes ou ne développent que des signes modérés. D'autres ont
une atteinte sévère avec des signes aigus allant jusqu'à la détresse
respiratoire, qui conduisent au décès malgré la réanimation. Un peu plus
de 37 % des cas confirmés ont abouti au décès.
Il est recommandé de consulter son médecin en cas de symptômes
d'infection respiratoire de modérée à sévère apparus dans les dix jours
suivant un voyage dans la péninsule Arabique ou les pays voisins ou
après des contacts étroits avec une personne infectée par le MERS-CoV.
Ce virus est-il contagieux ?
Le MERS-CoV est contagieux. Cependant, indique l'OMS, « le virus
ne semble pas passer facilement d'une personne à une autre à moins qu'il
y ait un contact proche, comme cela se produit lorsqu'on délivre des
soins à un patient sans porter de protections ». Contrairement au
SARS-CoV pour lequel existait une transmission aéroportée (lors
d'éternuements ou de toux), le MERS-CoV nécessite une grande proximité.
Le mode de transmission de l'animal – du chameau – à l'homme n'est
pas totalement élucidé. Les soins sans protection efficace ou avec de
mauvaises pratiques ont fréquemment été à l'origine d'une transmission
interhumaine, avec des cas groupés dans des établissements de soins. En
revanche, il n'y a pas eu une profusion de transmissions entre des
individus au sein de la population générale. Cela explique que le nombre
de cas depuis 2012 soit resté limité.
Existe-t-il des moyens de prévention de l'infection ?
Les mesures d'hygiène classiques (lavage des mains) sont importantes
pour les personnes se rendant dans les pays touchés du Moyen-Orient, en
particulier en cas de contact avec des animaux. L'OMS recommande
d'y éviter la consommation de viande crue ou peu cuite ou de lait de
chamelle non pasteurisé ou chauffé. Les personnes souffrantes de
diabète, d'insuffisance rénale, de pathologie pulmonaire chronique ou
immunodéprimées semblent exposées à un risque élevé d'atteinte sévère en
cas d'infection par le MERS-CoV.
Existe-t-il un traitement ?
Il n'y a aucun traitement contre ce virus pour l'instant. La prise en
charge consiste en des soins de supports et une réanimation en milieu
spécialisé. En utilisant des singes comme modèle de l'infection, des chercheurs américains ont pour l'instant démontré,
sur des cultures de cellules, la capacité de deux antiviraux : la
ribavirine et l'interféron-alpha 2b. Ils pourraient empêcher le virus de
se reproduire, mais la démonstration reste à faire chez l'homme.
Peut-on voyager vers les pays où les premiers cas ont été recensés ?
L'OMS et les autorités nationales n'ont pas émis de restrictions aux
voyages vers l'Arabie saoudite et les autres pays de la péninsule
Arabique ou vers la Jordanie, ni même de restrictions commerciales.
Audrey Garric Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde
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